🍆 Baby, I'm bi, bi, bi ✂

Written by
Anna

🍆 Baby, I'm bi, bi, bi ✂

Un article de
Anna

Il y a quelques jours, je geekais sur mon ordinateur et, emprise de nostalgie comme ça m’arrive parfois, je me suis perdue dans d’anciennes conversations Facebook. J’ai relu des vieux messages que j’avais envoyĂ©s Ă  l’une de mes meilleures amies d’universitĂ©, Ă  qui je racontais que je venais de quitter mon copain. La plus longue et plus sĂ©rieuse relation que je n’avais jamais eue. Je lui avouais Ă©galement que j’avais un crush sur mon coloc de l’époque que je trouvais « sublime » et que je me sentais perdue.

Plus bas dans la conversation, une annĂ©e plus tard prĂ©cisĂ©ment, je lui racontais m’ĂȘtre faite « salement larguĂ©e » par mon ex, une fille cette fois, et que j’avais soignĂ© mon petit cƓur brisĂ© en voyant deux mecs et une fille, plus ou moins en mĂȘme temps. Cette phrase m’a faite sourire tant elle m’a semblĂ©e clichĂ©. Etant depuis si longtemps dans une relation sĂ©rieuse et exclusive avec quelqu’un, j’avais oubliĂ© Ă  quel point j’avais pu ĂȘtre bi, enivrĂ©e de la dĂ©couverte d’un monde que je n’avais pas soupçonnĂ© pendant des annĂ©es.

En lisant la conversation Ă  voix haute Ă  ma copine, elle s’est tournĂ©e vers moi et m’a demandĂ© trĂšs sĂ©rieusement: « Si je n’étais pas lĂ , si nous n’étions pas ensemble, tu crois que tu pourrais retomber amoureuse d’un mec ? ». La vĂ©ritĂ© c’est que je me suis retrouvĂ©e incapable de rĂ©pondre Ă  cette question. Pourtant en tant que bisexuelle, je devrais pouvoir non ? Je me suis une fois de plus sentie perdue dans mon « label », dans sa limitation Ă  pouvoir rĂ©sumer l’immensitĂ© de la complexitĂ© d’une vie amoureuse, sexuelle et sentimentale.

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Lorsque j’ai fait mon coming-out, je me souviens avoir Ă©tĂ© fĂ©rocement bisexuelle

NSYNC l’avait dit « Baby, je suis Bi, Bi, Bi Â»

Lorsque j’ai fait mon coming-out, je me souviens avoir Ă©tĂ© fĂ©rocement bisexuelle. Quand je parlais de ma copine Ă  mes ami·e·s, et qu’ils·elles avaient le malheur d’utiliser le mot « lesbienne » pour me dĂ©finir, mĂȘme si c’était pour blaguer, je les reprenais. Sans cesse, tou·te·s, sans exception, y compris ma famille et mes parents. Cette identitĂ© sonnait comme faux, elle ne me reflĂ©tait pas. Le terme « bi » a fini par s’imposer comme un entre-deux acceptable, mais sans grande conviction pour autant. J’ai toujours Ă©tĂ© persuadĂ©e que je devais en choisir un en tout cas, et que cette identitĂ© me dĂ©finirait de maniĂšre presque dĂ©finitive, aussi bien pour mon coming-in, que lorsque je ferai mes multiples coming-outs, pour que les gens puissent mettre un mot sur qui j’étais. J’étais bisexuelle, j’étais bi-romantique et je me sentais incomprise par les gens qui associaient mes relations avec des filles Ă  un coming-out lesbien, comme si ça niait aussi toutes mes prĂ©cĂ©dentes relations, tous ces hommes que j’avais pu dĂ©sirer et aimer.

Je me suis rapidement rendue compte que je m’étais en fait toujours sentie invisible dans mon orientation sexuelle et que cette invisibilitĂ© me donnait envie de la crier sur tous les toits. Car peu importe la personne avec qui j’avais pu ĂȘtre, je n’étais jamais bi aux yeux des autres, ou mĂȘme des miens parfois. Lorsque je sortais avec des garçons, c’était comme si cette partie de moi disparaissait, ce qui me rendait malheureuse comme un vieux caillou. Ce n’était bien sĂ»r pas de leur faute, mais ils n’avaient pas la mĂȘme culture, pas la mĂȘme attention Ă  cette rĂ©alitĂ©, Ă  cette partie de la sociĂ©tĂ©. Je me retrouvais Ă  mentir sur les films que je voulais regarder, sur les soirĂ©es auxquelles je voulais aller, sur les personnes Ă  qui je parlais mĂȘme parfois.

De la mĂȘme maniĂšre, lorsque je tiens la main de ma copine dans la rue aujourd’hui, je deviens automatiquement lesbienne. Certaines personnes d’ailleurs questionnent encore la maniĂšre dont je me dĂ©finis. Une amie lesbienne m’a trĂšs sĂ©rieusement demandĂ© un jour « mais pourquoi est-ce que tu ne dis pas tout simplement que tu es lesbienne, tu vas te marier avec une femme !». Mais parce que je suis toujours bi ! MĂȘme quand j’ai l’air d’ĂȘtre la nana la plus gay du monde, en couple avec ma copine depuis des annĂ©es. C’est comme s’il fallait ĂȘtre « pratiquant·e » pour ĂȘtre un·e « vrai·e » bisexuel·le, et donc cĂ©libataire ou en couple ouvert, avec un quota par mois de « choppes » nĂ©cessaires de personnes des deux genres, sinon on perd sa carte de membre.

Le mariage: Ce que les gens pensent : « Je vous dĂ©clare maintenant hĂ©tĂ©ro Ă  vie Â». Dans la rĂ©alitĂ© : « Je te promets d’ĂȘtre exclusif car c’est le contrat que nous avons passĂ© ensemble mais ça n’efface pas mon attraction Ă  d’autres genres Â»

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C’est comme si on en voulait aux bisexuel·le·s de n’aimer que deux genres, plutĂŽt qu’un seul ou tous

J’ai dĂ» apprendre aussi parfois Ă  dĂ©fendre cette identitĂ© bisexuelle, aussi bien auprĂšs de la communautĂ© LGBTIQ que de personnes hĂ©tĂ©ros, avec tous les clichĂ©s qu’on projetait sur moi. J’ai rapidement pris conscience que les bi n’étaient pas trĂšs bien perçu·e·s. Et quand je dis, pas trĂšs bien perçu·e·s, je veux dire ont une rĂ©putation vraiment toute pourrie. Et cette mĂ©fiance, voir mĂȘme parfois cette haine, vient de tous les cĂŽtĂ©s de l’arc-en-ciel.

Ainsi, la bisexualitĂ© pour beaucoup d’entre eux·elles ne serait qu’une phase, avant de s’avouer Ă  soi-mĂȘme (et Ă  ses parents souvent car le coming-out bi serait un coming-out « facile ») qu’en fait on est tout simplement gay. Ou Ă  l’inverse que c’est une phase d’hĂ©tĂ©ro qui s’ennuie et expĂ©rimente. Et je dois bien avouer que j’ai eu cette incertitude, alors que j’oscillais sexuellement et sentimentalement entre hommes et femmes.

« Le combat de la bisexuelle: 
Moi qui voit une jolie fille: Oh non, peut ĂȘtre que je suis en fait gay et que tout ce temps je me suis mentie Ă  moi-mĂȘme et aux autres
Moi qui voit un beau mec: Oh non, peut que je suis en fait hĂ©tĂ©ro et que tout ce temps je me suis mentie Ă  moi-mĂȘme et aux autres
Moi qui voit une jolie fille: Oh non, peut ĂȘtre que... »

Les mecs, lorsque je leur disais que j'Ă©tais bi, trouvaient la plupart du temps que c’était formidablement exotique et Ă©rotique de penser que je puisse ĂȘtre aussi avec des femmes. Leurs rĂ©actions allaient du sympathique et sincĂšre intĂ©rĂȘt, Ă  la fascination franchement lourdingue, comme si je venais de leur proposer un plan Ă  trois torride.

Encore pire, des gens se sont permis de dire Ă  ma copine de se mĂ©fier de tout le monde, que techniquement je pourrais la quitter pour 100% de la population (mais quel succĂšs ma parole!). Que je la tromperais sĂ»rement. Qu’il serait naturel que je sois une personne Ă©ternellement et chroniquement insatisfaite. Que je finirais par retourner avec un garçon lorsque je voudrais une relation sĂ©rieuse, une famille, 2.5 gamin·e·s.

« Je suis quasi sĂ»re que la bisexualitĂ© n’est qu’un mythe Â» - The Bisexual, S01E01

Mais dans un autre registre, je me suis aussi retrouvĂ©e Ă  devoir expliquer que me dire bisexuelle n’était pas une identitĂ© has-been, niant la multiplicitĂ© du genre. La bisexualitĂ© s’est rĂ©cemment retrouvĂ©e en porte-Ă -faux des Ă©tudes genre, accusĂ©e de n’ĂȘtre qu’une reproduction de la binaritĂ© de notre sociĂ©tĂ©, qui ne considĂšre que deux genres, hommes ou femmes. J’avais l’impression que certain·e·s m’accusaient de n’ĂȘtre qu’une pansexuelle fermĂ©e d’esprit. Pourtant, je ne choisissais pas mes attractions pour des gens au genre plutĂŽt affirmĂ©, qu’ils·elles soient hommes ou femmes, trans ou cis. Mais pourquoi Ă©tait-ce soudain plus insultant que de n’ĂȘtre attirĂ©e que par un seul genre, comme peuvent l’ĂȘtre hĂ©tĂ©ros et homos par exemple ? C’est comme si on en voulait aux bisexuel·le·s de n’aimer que deux genres, plutĂŽt qu’un ou tous. Toujours dans l’entre-deux, toujours dans l’inconsistance.

J’ai mis tellement de temps Ă  me sentir bien dans mon label, Ă  ce que nous nous apprivoisions, ma bisexualitĂ© et moi. A comprendre que ma maniĂšre de vivre et d’aimer n’avait pas Ă  ĂȘtre exactement comme les autres personnes qui pourraient s’identifier comme bisexuelles et/ou bi-romantiques. Que mon attraction et mes sentiments n’avaient bien sĂ»r pas Ă  ĂȘtre 50/50, ne concernaient que quelques personnes ici et lĂ , et qu’il se trouvait que parfois ça avait Ă©tĂ© des hommes et parfois des femmes.

J’ai mis tellement de temps Ă  accepter que les gens que je connaisse, ou non, se trompent lorsqu’ils parlent de moi.  Et ils se trompent encore dans la majoritĂ© des cas, car Ă  ce jour, je ne fais presque plus jamais mon coming-out en tant que bi, mais en tant que personne en couple avec une femme. Je ne parle plus vraiment d’une orientation sexuelle ou romantique, ni d’un label, mais d’une relation. Je ne les reprends plus quand ils se trompent, car finalement ça n’a plus autant d’importance. Une sorte d’apaisement est venue avec une certitude inĂ©branlable, celle que je suis tout simplement moi.

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Un label n’est qu’un label; il ne peut pas reprĂ©senter toute une vie de rencontres, d’attraction, de dĂ©sir, de crush de soirĂ©e, de gestes d’amour et de papillons dans le ventre

« Ecoute, je suis pas intĂ©ressĂ©e par les labels
 sauf si c’est une fringue que je viens de voler en magasin. » - Glee, S02E15

Ces labels ne devraient pas nous enfermer. Ils nous donnent un incroyable sentiment d’appartenance, d’identitĂ© et de fiertĂ©. Ils nous aident Ă  nous identifier Ă  une communautĂ©, dans une sociĂ©tĂ© qui ne laisse que trĂšs peu de place Ă  celles·ceux qui vivent en marge. Mais un label n’est qu’un label. Il ne peut pas reprĂ©senter toute une vie de rencontres, d’attraction, de dĂ©sir, de « crush » de soirĂ©e, de gestes d’amour et de papillons dans le ventre.

Je crois que, pendant un moment, j’avais oubliĂ©. OubliĂ© que nous avons tou·te·s le droit d’évoluer en dehors de nos labels, que nous nous sommes attribué·e·s ou que les autres projettent sur nous. Que nous sommes des ĂȘtres libres, dont les sentiments ne peuvent ĂȘtre enfermĂ©s dans des catĂ©gories prĂ©dĂ©finies, qui d’ailleurs ne cessent de grandir, tant nous sommes multiples et ne cessons d’évoluer. Que nous ne trahissons personne, lorsque nos cƓurs et nos esprits nous intiment de simplement ĂȘtre nous-mĂȘmes.

N’ai-je pas Ă©voluĂ© dans mon rapport Ă  mon identitĂ© ? Dans ma perception du genre, des rĂŽles dans un couple, dans ma perception de ma propre sexualitĂ© ? Etre attirĂ©e, tomber amoureuse, vivre ma plus belle histoire avec une femme. Tout cela m’a changĂ©e de maniĂšre inexorable et a bouleversĂ© ma vision du couple dans cette sociĂ©tĂ© hĂ©tĂ©ronormative.  Je me suis retrouvĂ©e Ă  pouvoir partager la mĂȘme rĂ©alitĂ© que quelqu’un, la mĂȘme histoire parfois difficile de coming-out. J’ai partagĂ© une culture commune et la comprĂ©hension d’un vĂ©cu similaire. J’ai eu enfin le sentiment que quelqu’un me comprenait, acceptait cette partie de moi que j’avais cachĂ©e pendant si longtemps.

Je suis la mĂȘme personne qui suis tombĂ©e amoureuse de mon premier copain quand j’avais 17 ans, et qui vais Ă©pouser ma copine dans deux mois. Mais j’ai dĂ©sormais grandi dans cette communautĂ©, j’ai vĂ©cu cette discrimination parfois, cet isolement qui vient avec la diffĂ©rence et la force du rassemblement de quelques personnes avec un esprit ouvert qui veulent changer le monde. J’ai vĂ©cu la marge et l’incroyable libertĂ© qui accompagne la non-conformitĂ©.  

Et mes relations amoureuses, puissent elles ĂȘtre avec des femmes ou avec des hommes, ne pourront que le reflĂ©ter.

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