Comment j’ai fait mon Coming In à 24 ans ?

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Anonymous

Comment j’ai fait mon Coming In à 24 ans ?

Un article de
Anonymous

Au sein de la communauté LGBTIQ+, on parle souvent de Coming Out : comment ce moment s’est déroulé, à quel âge, pourquoi, comment et avec qui. Mais qu’en est-il du Coming In ? Cet instant où la prise de conscience d’avoir une orientation sexuelle différente des normes devient plus lucide - dans mon cas, mon chemin pour accepter mon attirance envers les femmes.  Retour en écrit sur cette acceptation lente et ponctuée de découvertes, de peurs et de rencontres jusqu’à l’âge de 24 ans. 

Première immersion accidentelle dans le monde lesbien ou les prémices

A l’âge de 16 ans et très naïve, je tombe (malgré moi ou non) sur une série qui aura un fort impact dans ma vie : The L Word. Cette série me fit entrer dans un monde totalement inconnu à mes yeux. Je suis à la fois captivée, curieuse et fascinée par la vie (et beauté !) de ces femmes. J’observe les premiers code de cette communauté, même si je ne les comprends pas tous : l’existence de  festivals réservées aux femmes lesbiennes comme le Dinah Shore, The Chart qui les relie toutes selon leurs liaisons, l’esprit communautaire de ces filles qui se retrouvent chaque semaine au bar du Planet. Absorbée par cette série, j’occupe toutes mes soirées en la regardant mais toujours en cachette - par crainte que mes parents me prennent la main dans le sac (et qu’ils se posent des questions). 

J’observe les premiers code de cette communauté, même si je ne les comprends pas tous : l’existence de  festivals réservées aux femmes lesbiennes comme le Dinah Shore, The Chart qui les relie toutes selon leurs liaisons [...]

Je m’en étais arrêté là en me disant qu’il devait probablement s’agir de fantasmes passagers.

Quand  mon cerveau gauche et droit ont compris que toutes les lesbiennes étaient interconnectées

Entrée dans la cour des grands ou du déni

Je débute mon bachelor dans une très petite classe 100% féminine. J’y fais la connaissance d’une fille ouvertement bisexuelle en couple avec une personne du même sexe. 
Je garderai en mémoire toute ma vie du moment où elle me l’avait annoncé, en tout franchise, sans être du moins embarrassée. De mon côté, j’étais particulièrement gênée comme si elle lisait en moi comme dans un livre ouvert. Mes ami.es avaient l’habitude de parler de leur vie amoureuse sans restriction et en toute liberté. C’était pour moi un sujet tabou, c’est pourquoi je préférais les écouter plutôt que d’avoir à parler de la mienne que je trouvais confuse. Je voulais surtout éviter la question classique : 
-Et toi, comment ça va les mecs ? 
- Ouais, bof. Y a vraiment rien en ce moment...
En douce, je m’étais inscrite sur Tinder avec l’option “cherchant Homme & Femme” activée. 
Et, ca-tas-tro-phe. Je tombe par hasard sur ma camarade de classe. Horreur. Malheur. Je me suis désinscrite en urgence de l’application, honteuse qu’elle ait découvert cet aspect de moi-même que j’étais loin d’assumer.

Pour me convaincre moi-même que “Non non, je préfère les garçons”, je prévois un date avec un garçon. L’homme parfait, il avait tout pour me plaire. Pourtant, quelque chose plus profond en moi me faisait reculer.

Quand j’étais sur Tinder en pensant que personne ne le saurait

La traversée du désert

Je décide de prendre un break dans ma vie. J’en ai besoin, j’ai soif de découvrir le monde. C’est pourquoi, je décide de prendre une année sabbatique dont 6 mois en Thaïlande. Un pays paradoxal où les ladyboys côtoient un gouvernement militaire et stricte. 
J’y fais la connaissance d’un garçon ayant toutes les qualités requises du gendre idéal à mes yeux : entrepreneur, sociable et drôle. Bien qu’une belle amourette de vacances, je ne me sentais pas moi-même. Je regardais de plus en plus les filles. 
Mon séjour touchait à sa fin. Au moment des comptes - à part embrasser ma pote hétéro- mon tableau de chasse était bien court. 

Retour au bercail - la révélation

Retour en Suisse, plus motivée que jamais, j’ai 24 ans. 
Je remets les compteurs à zéro sur Tinder. Décidément, bien tenace.
Je me laisse encore à nouveau tenter par un garçon et à nouveau je fais marche arrière. (La fille qui n’a toujours pas compris, tu sais). 

Quelques années après avoir perdu de vue des ami.es du collège, nous organisons une soirée qui pris un tournant particulier. Pendant le tour de tables, deux ami.e.s font ouvertement leurs coming-out. A nouveau, je suis presque gênée pour elles.eux. 
La soirée atteindra son apogée lorsque cette même amie hurlera à travers la salle: “Mais je t’ai vue aussi sur Tinder, je savais pas que tu aimais les meufs”. Thanks for the free outing. 
Ma première réaction fut le rejet total : "Oh non non, c’était juste pour voir qui il y a avait." Gênance ultime. J’utilise ma dernière amourette avec un garçon comme cache-misère. Ah.
Sur le chemin du retour, je prends le temps de discuter avec mon amie. Ce fut la première personne à qui je confiais mon attirance envers les femmes (bien qu’elle m’ait presque outée quelques minutes auparavant). Nous avions besoin de rencontrer du monde, c’est ainsi qu’elle me parla de l’association Think Out. 
 Au même moment, j'ordonnai à mon application de rencontre favorite d’enfin me montrer uniquement des femmes. 

Immersion dans le milieu LGBTIQ+ genevois

Rien n’arrive par hasard. Parfois, la vie vous présente les choses dont on a le plus besoin. 

L’association Think Out (association LGBT de l’Université de Genève) m’a permis de rencontrer d’autres jeunes comme moi, mais d’horizons différents partageant les mêmes problèmes, les mêmes soucis. Je m’y suis sentie bien et acceptée telle que j’étais sans jugement. Dans les moments de faiblesse, il ne faut jamais douter sur la force de savoir s’entourer. Cette association fut un réel bol d’air frais à une époque où j’étais perdue sur qui j’étais réellement. 

L’association Think Out (association LGBT de l’Université de Genève) m’a permis de rencontrer d’autres jeunes comme moi, mais d’horizons différents partageant les mêmes problèmes, les mêmes soucis.

Puis, j’ai eu envie de découvrir le milieu de la nuit version LGBTIQ+. On m’a conseillé des bars comme le Nathan ou le Phare à Genève. Des lieux très sympas et cosy, idéal pour passer une bonne soirée entre potes et dragouiller. Ce qui est dingue à mes yeux est d’être passée devant ses lieux quelques années auparavant sans me douter qu’ils concentraient une partie de la communauté LGBTIQ+. 

J’ai testé mes premières soirées : 360 aux saveurs plus underground (dont la musique me surprendra de soirées en soirées), Genevas avec d’extraordinaires performances de drag queens. J’ai pris le train jusqu’à Lausanne pour expérimenter le Club My House aux tonalités plus grand public. Je trouve cela fascinant de découvrir les différentes facettes d’une communauté que je pensais microscopique.

Immersion au sein de ma première soirée queer

Le festival Everybody’s Perfect m’a permise de découvrir la culture cinématographique queer, laquelle était totalement inconnue pour moi. Je me souviens encore de la diffusion du film Rafiki en présence des actrices qui m’avait marquée par sa dimension politique (- le film fut notamment interdit de diffusion au sein de son propre pays, le Kenya, car traitant d’homosexualité).

Enfin, j’ai découvert Be You Network. Une association qui m’a prouvé qu’il était possible d’entreprendre tout en voulant faire bouger les normes. J’y ai retrouvé cet aspect communautaire que j’avais déjà connu grâce à Think Out. Je me souviens encore de cette soirée mémorable avec un remake du jeu “Loup-Garou” qui fut appelé “La louve-garou féministe” pour l’occasion. 

Le mot de la fin 

L’ensemble de ces sorties, rencontres mises bout à bout m’ont permis d’affirmer mon orientation sexuelle auprès de mes ami.e.s, proches et surtout de m’accepter peu à peu. Cela m’aura pris 8 ans. J’ai pris conscience de mon attirance envers les femmes très tardivement et il n’y a rien de mal à cela. 

Il faut du temps. Qui se dit réellement en découvrant son homosexualité : Oh super, je suis homo ! La vie que l’on avait imaginé pour soi, nos plans sont bouleversés. Est-ce que je pourrai me marier ? Est-ce que je pourrai avoir des enfants ? Des questions existentielles nous perforent l’esprit.

Qui se dit réellement en découvrant son homosexualité : Oh super, je suis homo !

L’acceptation n’est pas qu’une partie de plaisir, c’est un ascenseur émotionnel. Mon Coming In, c’est aussi ma première Pride, mes premières insultes homophobes, la bienveillance de mes ami.es, les rencontres et les premiers amours. Je ne dirais pas que tout est beau et rose, mais chaque jour qui passe me rend plus fière d’appartenir à cette communauté et me donne l'envie d’en apprendre toujours plus sur elle. 

Aujourd’hui, même si j’accepte chaque jour de plus en plus mon identité sexuelle, j’ai encore du mal avec cette question : “Mais tu es quoi, toi ?”. J’ai toujours autant de mal à me définir, à rentrer dans une case. Il y a des jours où je me sens de porter l’étiquette de lesbienne, d’autres où je trouve ce mot très limitant et où je me dis que peut-être le mot pansexuelle -une orientation sexuelle caractérisant les individus qui peuvent être attirés, sentimentalement ou sexuellement, par un individu de n’importe quel sexe ou genre- serait le plus adapté. Selon moi, je fais simplement partie de la communauté LGBTIQ+. 

Liens utiles :

Think Out  - Association LGBT+Friends Unige
Le Phare
Le Nathan
Festival Everybody’s Perfect
Be You Network
My House
Genevegas
Soirées 360

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