Au placard la discrimination sur le poids!

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Zoé

Au placard la discrimination sur le poids!

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Zoé

Je m’apprêtais à prendre le train, ravie après avoir reçu de bonnes nouvelles, quand on m’a tendu un flyer. Je l’ai regardé et mon cœur est tombé dans ma poitrine. J’ai relevé les yeux, j’ai balbutié quelque chose, et je l’ai rendu au mec goguenard qui me l’avait distribué. Ma belle journée était finie. Ma joie était rangée, au placard. Là où doivent rester les gros.sses. Avec les décorations de Noël qu’on ressortira au mois de décembre prochain.

C’est une violence. C’était déjà une violence l’an dernier. Seulement je n'ai rien dit. J’ai encaissé l’uppercut, j’ai ravalé mes larmes, j’ai fermé les yeux à chaque panneau publicitaire. J’ai essayé d’oublier cette image qui me rappelle la façon dont, chaque jour, les grossophobes rejettent mon corps, me rejettent moi. Toute ma vie.

Pointée du doigt, moquée, encouragée à me torturer dans des régimes infernaux et des disciplines militaires, parce que c’est interdit de s’aimer avec du gras sur les hanches. C’est interdit d’être heureux.se quand on est gros.sse.

Quand je la vois, cette affiche, je pense aux gamins, aux p’tits gros, ceux qu’on harcèle à la récréation. Cette pub légitime leur harcèlement. Je pense à l’anorexique et à son trouble alimentaire, conforté par le panneau dans ses habitudes tueuses. Je pense à la mère de famille qui s’épuise avec son bébé et ses kilos de grossesse à perdre absolument, sous peine d’être targuée de paresseuse. Je pense au gars là bas, avec son gros ventre, qui est persuadé que personne ne l’aimera jamais et qui déprime. Je pense à tout ceux et celles qu’on met au rebut. Je pense à tout ceux et celles qui pleurent, le soir devant le miroir, quand ils essayent des jeans, quand ils doivent aller à la piscine, persuadés qu’ils sont indésirables, persuadés qu’ils doivent maigrir avant d’avoir le droit d’être heureux ou heureuse.

Je suis fâchée. Alors j’ai demandé à une autre fâchée, Melanie Dellenbach de Yes2Bodies, si je pouvais l’aider à faire quelque chose. N’importe quoi, franchement. Nous avons passé un après-midi ensemble, devant l’affiche-insulte, à nous photographier. A lui donner de l’amour, à ce gros corps sans tête. L’amour qu’on mérite tous.

Melanie de Yes2Bodies (à gauche) et Zoé (à droite)

Trois jours plus tard, nous diffusions sur Instagram des témoignages, qui disaient combien les gens étaient blessés, et une affiche remaniée pour prôner l’amour des corps plutôt que leur haine. En Suisse, en Allemagne, en Autriche, on nous a répondu. Des merci dans ma boîte mail, des gens à qui cette pub fait du mal. Pendant ce temps, nous attendions une réponse de Migros, entreprise mère du centre de fitness grossophobe.

La réponse reçue

Quand elle est venue, elle nous a estomaquée : ils sont surpris, ils ne présenteront pas d’excuses aux gros.sses, parce que personne ne s’est plaint l’an dernier, alors ce n’est pas blessant.

En 2020, une réponse comme celle-ci, c’est un crachat au visage. Si personne ne s’est plaint l’an dernier, ça ne veut pas dire que personne n’était mal à l’aise. Et si on plaint cette année, c’est bien parce que c’est blessant. Le serpent se mord la queue. Plus grave encore : on ne balance pas sa campagne sans réfléchir en se disant « si c’est problématique, les gens le diront ». Non. On réfléchit avant. Combien de personnes ont vu cette pub ? Le graphiste, les réunions, les chefs, les imprimeurs. Personne n’a rien dit. Personne n’a réfléchit, deux secondes ? Je veux bien faire le travail de marketing de Migros, mais il va falloir me payer. Et reconnaître ses torts.

à gauche: l'affiche originale d'ActivFitness
à droite: l'affiche refaite par Yes2Bodies et Gewichtsdiskriminierung
source

C’est inacceptable d’utiliser les corps gros pour faire peur aux gens. On peut pas faire du sport par plaisir, par envie, pour se défouler ? Non, on doit absolument enchaîner les abdos pour maigrir, pour ne jamais ressembler à un.e gros.sse. C’est la pire tare du monde, être gros, c’est bien connu. C’est pas la méchanceté, l’avarice, l’égoïsme. C’est ce bourrelet, là. Risible, comme mode de pensée, et pourtant si répandu. Au point de vouloir vendre un abonnement en utilisant un corps gros tout en excluant les gros.sses de cet espace. Cherchez l’erreur. Faites du sport, les minces ! Les gros, restez dans le placard ! Les gros.sses ne sont pas la bienvenue chez ActivFitness, ni nulle part ailleurs ! On fera des affiches de vos corps sans vous donner de tête, on vous déshumanisera, on vous réduira à vos kilos, on vous ridiculera ! Non les gros.sses, restez chez vous. Les autres, tremblez. Tremblez de grossir après Noël. Vous avez aimé la bûche ? Il va falloir l’expier.

N’importe quoi. C’est du n’importe quoi, Migros. Vous n’avez pas compris. Nous, on veut des espaces inclusifs. On veut des corps gros, minces, amputés, malades, fatigués, pauvres, noirs, vieux, jeunes, on veut tous les corps et on les veut partout.

On ne veut pas qu’on nous vende de la peur. On veut aller au sport comme on irait au resto : avec entrain. On veut des espaces accueillants pour les trans, les lesbiennes, les gays, les queer, les non-binaires, les hommes, les femmes. Gros, pas gros, conforme, non conforme, on est là, on veut transpirer, on veut se dépenser. C’est la fin, pour vos esprits plus étroits qu’une taille 38. On n’ira pas chez vous. On vous laissera pas nous faire culpabiliser d’exister. On ira dans des salles de sport comme celle de Radically Fit à Oakland, qui accueille tout.e.s ceux.celles que vous voulez exclure et qui s’en fait une fierté. On ira célébrer nos corps plutôt que les changer. Partout, sauf chez vous.

Et ça ne s’arrête pas aux fitness. On veut des gros partout. On veut des gays partout. On veut des personnes de couleur partout. On veut toute la population représentée partout, même celle qui vous met mal à l’aise. Et on ne veut pas être stéréotypés. Ca a l’air de surprendre, mais nous sommes humains. Nous avons des personnalités, des talents, des goûts, des vocations, des ambitions. Oui, on est gros.sses, et c’est pas notre seule caractéristique. Il est temps que le monde devienne inclusif.

Que pouvons-nous faire ?

Mais ça ne va pas se faire tout seul, surtout quand des entreprises comme Migros s’efforcent de revenir en arrière sans cesse. Alors plaignez-vous.

Dites le, que vous exigez des espaces sans grossophobie, sans transphobie, sans misogynie, sans homophobie, sans racisme, sans validisme, ni âgisme. Dites-le.

Anonymement si vous voulez, par mail. Allez au comptoir de votre Activfitness et dites leur que leur campagne est nulle. Refusez la diet culture tous les jours, en aimant votre corps, en choyant votre corps. Soutenez les gros. Aimez les, protégez-les, prenez leur défense quand ils n’en peuvent plus et quand ils ne sont pas là. Voyez-les pour les personnes qu’ils.elles sont. Arrêtez de parler régime, arrêtez de parler cellulite, arrêtez d’avoir peur d’être gros.sses. Vous avez peur parce que vous savez comment on nous traite. Alors traitez-nous mieux. Et concentrez-vous sur autre chose que la taille de vos cuisses.

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